mercredi 30 juin 2010

Règle #11 : tendre la joue

Aller au cinéma n’est nécessairement de tout repos, au contraire, c’est souvent solliciter des sentiments et sensations qui nous sont inaccessibles dans la vie ordinaire, soit parce qu’inatteignable (par exemple, vivre une romance avec Elizabeth Banks, Anna Faris ou Leslie Mann quand on a le physique aussi généreux que disgracieux de Seth Rogen) soit parce que le confort occidental et le bon sens nous en protègent (par exemple, fuguer le jour des funérailles de son beau père afin de mettre sa grossesse juvénile sur le dos du petit ami de son frère et lui soutirer 10 000$... oui, j’ai récemment vu le dévergondage cinématographique de Christina Ricci qu’est Sexe et Autres Complications de Don Ross). Le cinéma, plus que tout autre art, par son pouvoir d’implication et sa capacité et donner une profondeur réaliste et palpable à n’importe quelle situation, peut réellement être une expérience à la limite du physique qui justifie que l’expression « se prendre une claque » soit, dans ce contexte précis, l’une des plus positives qui soit. Ces claques cinématographiques, cependant, se méritent et se recherchent. Elles se méritent, car elles ne peuvent pas être appréciées dans leur pleine complexité par un public béotien, et se recherchent, car, après tout, si on va au cinéma, ce n’est pas pour passer un joyeux moment et ressortir de la salle comme on en est rentré. Si c’était le cas, peu de gens seraient prêts à mettre 10 € dans le gaspillage de 2 heures de leur vie. Le fait est que le commun des mortels n’a souvent pas conscience qu’il recherche sa claque.

J’ai entamé très jeune cette recherche perpétuelle de la claque. Ce chemin, semé de déceptions, m’a tout de même amené à découvrir des chefs-d’œuvre tels que les classiques Orange Mécanique, Fight Club, Taxi Driver ou Blade Runner, mais aussi quelques perles bien cachées, comme cette sublime métaphore de l’adolescence qu’est Ginger Snaps de John Fawcett. Les plus grosses claques viennent, comme dans la vie, par surprise et vous étalent au sol sans vous donner aucune chance. C’est de l’un de ces chocs cinématographiques à la limite du physique don je veux parler aujourd’hui.
Tout à commencer comme une soirée qui n’allait pas mener à grand-chose (c'est-à-dire qu’après un bar entre amis, nous avons décidé d’aller au cinéma voir Harry Potter je ne sais combien). Pourtant, une fois n’est pas coutume, l’alcool ne m’avait pas assez ramolli pour me contenter de suivre le groupe tel un mouton de Panurge et, tel un chien d’aveugle ayant senti du bacon frais, je décidais de n’en faire qu’à ma tête et de boycotter cette énième suite commerciale et insipide d’un roman adapté bien trop tôt à l’écran. C’était il y a un an, très exactement, et je choisis d’aller, seul, voir Bronson de Nicolas Winding Refn. Pourquoi ? Parce que la bande-annonce que j’avais vue avant Coraline de Henry Selick dégageait un potentiel de provocation et de violence brute tout à fait satisfaisant, parce que je m’en suis toujours voulu de ne pas avoir le courage de voir la trilogie Pusher du même réalisateur, mais surtout parce que je ne voulais pas aller voir l’aventurier d’un sorcier binoclard tête à claque où la moitié de l’industrie de cinéma britannique vient violemment cachetonner.

Vous l’aurez compris (non, je ne parle pas de mon obsession de vouvoyer mon absence de lecteurs) Bronson a été une claque. Une très grosse claque. De celles qui, déjà, vous font dessouler dans les 5 premières minutes du métrage, et vous tiennent en haleine jusqu’à la conclusion. Pas parce que l’histoire est prenante, pas grâce à des scènes d’action hors du commun ou des dialogues écris au cordeau, pas même parce qu’on partage les souffrances et/ou espoirs du personnage central, non (d’autant plus qu’aucune des ces raisons ne s’appliquent à ce film, car il est sobrement dépourvu de tous ces aspects) seulement parce que le film tout en désinvolture, s’annonce comme un chef-d’œuvre intemporel. Bronson fait parti de ces bobines qui donnent l’impression de découvrir ce qu’es réellement un film, même après des années de cinéphagie intente. Gratifiée d’une réalisation qu’on peut aisément qualifiée de kubrickienne (en particulier ces travellings phénoménaux dans l’asile), d’une photographie organique à souhait, d’un acteur principal qui donne littéralement corps à son personnage et d’un scénario qui se fout littéralement des règles du cinéma classique, le film se concrétise comme un coup dans l’estomac. Ici, même s’il s’agit d’un film sur un prisonnier tristement connu, jamais on ne cherche à en faire une victime, jamais on ne voit poindre une critique du système ou une victimisation du personnage, jamais on ne justifie rien, parce que ce personnage n’a pas besoin de cela.


Ce film n’est pas réellement la biographie d’un prisonnier ultra violent qui a passé plus de temps à se râper la peau du menton sur les barreaux de sa cellule d’isolement qu’à commettre des crimes. Il s’agit d’un film sur l’art et les artistes, d’un film sur ce que l’on doit sacrifier d’humanité et de bon sens pour réaliser un chef-d'œuvre, sur l’absence de compromis que nécessite la confection ou la réalisation d’un objet artistique digne de ce nom. Ce sou texte, prenant et déchirant, est visible dans la réalisation et le montage qui, volontairement, cueille le spectateur à contre pied, en permanence, avec ces ellipses, ces contre temps, ces apartés débordantes d’inventivités, mais aussi dans le scénario qui transforme la violence qui anime Bronson comme une dévorante nécessité de créer par la destruction. Enfin, ce sou texte se voit dans l’investissement physique de l’acteur principal, Tom Hardy, jusque-là inconnu au bataillon qui, d’un physique de jeune premier, s’est transformé en 3 semaines en montagne de muscle terrifiante, fascinante et inhumaine.

Bronson fut une grosse claque quand je l’ai découvert il y a un an. Elle fut encore plus grosse quand je l’ai revu, il y a une semaine, en DVD. Je n’aime pas les biopics ou les histoires vraies, qui résonnent souvent plus comme des arguments marketings que quand des partis pris artistiques. Mais Bronson n’est pas un Biopic, c’est bien plus que cela. C’est la non-histoire vraie du plus grand génie destructeur que l’Angleterre a porté.

dimanche 25 avril 2010

Règle #10 : accepter le simple fait que des pompes Timberland, même sales et mal portées, peuvent être bien plu cool que des Converses

Le grand consommateur de cinéma est également grand consommateur de préliminaires cinématographiques. Je ne parle pas là de petits films mettant en appétit avant un plus grand – quoi qu’un court métrage avant un long est toujours le bienvenu – je parle ici des nombreuses informations glanées à propos d’un film avant sa sortie. Non le cinéphile ne choisit pas le film qu’il va voir une fois devant le fronton du cinéma en fonction de l’affiche la plus cool, d’une part parce qu’on ne juge pas un livre à sa couverture, et d’autre part, parce que la moitié du plaisir se situe justement dans ces préliminaires, dans cette recherche patiente et laborieuse de photos de tournages, d’anecdotes, de bulletins de production, de bandes annonces et de teasers, d’affiches et de dessins préparatoires… Quand il entre dans une salle obscure, le grand consommateur de cinéma a déjà un film en tête, qu’il s’est constitué à partir de ces bouts de peau de film tel un Jame «Buffalo Bill » Gumb se confectionne un manteau en bouts de peau… de peau dans Le silence des Agneaux.

Personnellement je me souviens avoir créé un film particulièrement sombre et décalé à partir des éléments que j’avais glané sur Fight Club durant mon adolescence. Si, bien entendu, on retrouvait le concept des fight club, Tyler était pour moi un riche excentrique qui payait des cancéreux en phase terminale pour se battre avec lui, et qui plus tard payait Marla, elle aussi cancéreuse en phase terminale, pour faire des gang bang, le tout dans une société au bord de la décadence… et aussi curieux que ça puisse paraître, j’avais vraiment envie de voir CE film. La découverte de l’œuvre réelle plusieurs mois après a été un mélange de déception et de bonne surprise, comme s’il s’agissait d’un tout autre film, très bon aussi mais à cent lieux de ce que j’imaginais. Beaucoup moins sombre et malsain que dans mon esprit…

Mais une fois de plus je m’égare. La plupart du temps, je commence à me renseigner sur un film qui m’intéresse à peu prés 1 an à l’avance, et après c’est une recherche d’information quasi quotidienne, une insatiable soif de savoir qui est à double tranchant : une fois que je verrais enfin l’œuvre, la probabilité qu’elle atteigne mes attentes est d’autant plus basse que je me suis renseigné sur le film. Et je me renseigne d’autant plus sur un film qu’il m’intéresse. C’est un affreux cercle vicieux. Le film qui m’a ammené aujourd’hui à ces réflexions est Kick-Ass de Matthew Vaughn. Pourquoi attendais-je avec impatience ce block bucter de super héros à petit budget ? Tout d’abord une idée de base très intéressante : des monsieurs tout le monde qui décident d’être des super héros. Sur le papier, ça ressemble à une version optimiste et grand public de Watchmen – sachant qu’on ne peut, en aucun cas, associer optimisme et grand public à Watchmen , le pari était intéressant, quoi que déjà relevé avec brio par Les indestructibles de Brad Bird. Ensuite un bon réalisateur qui cherche encore un film pour exploser. Déjà producteur des deux premiers Guy Ritchie (Arnaques, Crimes et Bortanique et Snatch) et réalisateur du trop complexe Layer Cake et du trop « j’ai pas vu » Stardust, Matthew Vaughn fait partie de ces réalisateurs trop intelligent pour le grand public, et trop grand public pour télérama. Ajoutez à cela un casting pétillant (Nicolas Cage en autoparodie, Clark Duke en Clark Duke et Christopher Mintz-Plasse) et un univers graphique ouvertement kitsh, et vous avez là un putain de projet qui ferait baver n’importe quel geek. Inutile donc de dire que j’avais certaines attentes pour ce film.

Une fois n’est pas coutume, non seulement le film a atteint l’exact degré d’attente que je m’étais fixé, mais l’œuvre finale ressemblait à s’y méprendre au film que j’avais imaginé, même rêvé de voir. De son propos moralement tendancieux à son humour potache en passant par sa réalisation énergique et son scenario en forme d’hommage parodique à Spiderman premier du nom, ce film avait habité ma cervelle avant d’habité la bobine. Attention, je ne dis pas par là que c’est un fim parfait, ni même un film génial. C’est une œuvre bancale et maladroite, la direction d'acteurs laisse carrément à désiré (en particulier Nicolas Cage qui joue comme dans la fausse bande annonce de Rob Zombie dans Grind House), le scenario souffre de nombreuses faiblesses et pour être franc, le personnage principal n’a aucun charisme, au point qu'on a du mal à s'y attacher ou même à s'y intéresser.

Et pourtant, ce film, par son propos, sa franchise, son humour, son refus de ressemble aux autres films du genre, ses parties pris esthétiques et visuels (beaucoup de violence directe et graphique) séduit immanquablement. On est bien face à ce film qui pourtant devrait nous horrifié car il est plus proche d’un justicier dans la ville que de Batman. Le réalisateur travaille tout le long du métrage en funambule en intercalant ça et là quelques scènes immorales au possible au sein de ce qui pourrait être une banale comédie. On apprécie tout particulièrement le langage de charretière de la très jeune Chloe Moretz qui incarne également le personnage le plus violent du film du haut de ses 12 ans. Ce film est littéralement un ovni dans le paysage cinématographique, tant son propos, ses choix graphiques, sa durée ou même son humour n’est absoluement pas en phase avec la bouillabesse infame que hollywood nous sert habituellement. Et si à tous les défauts cités précédemment on doit ajouter un dernier acte un poil contradictoire et une BO voleuse (un peu facile de reprendre les moments de bravoure que John Murphy a composé pour 28 jours plus tard et Sunshine en les recomposant un peu et faire passer ça pour quelque chose de nouveau), on en arrive toujours au même constat, la fraîcheur de ce film est comme une vague salvatrice qui emporte tout sur son passage. Sans un être un chef d’œuvre, ce film reste immanquable.


A, oui, au fait, ça fait plaisir de voir pour une fois un personnage principal porter autre chose que des Converse. C’était cool et original en 94, aujourd’hui ça ressemble juste à un putain de cliché. Donc bravo à Kick Ass pour avoir choisi Timberland.

mardi 20 avril 2010

Règle #9 : Se délecter des petits plaisirs


Ayant allègrement emprunté le concept de ce blog au film Zombieland de Ruben Fleischer, j’étais fatalement amené un jour à utiliser l’une des règles du film, quoi que pauvrement traduite, comme titrre pour l'un des articles. Je ne vais pas cependant m’étendre sur cette œuvre zombiesque et divertissante qui a le mérite de ne jamais perdre de vue que l’on peut divertir sans tomber dans la faciliter ou la platitude, et que Woody Harrelson est l’une des plus incroyables tronches de cinéma de sa génération, car ce n'est pas le sujet du jour. Et si on peut reprocher au film un parallèle évident avec Shaun Of The Dead, film culte d’Edgar Wright avec Simon Pegg et Nick Frost, on ne peut qu’applaudir l’adaptation réussie à la société américaine du concept et des attitudes des personnages.

Mais aujourd’hui, je ne souhaite pas parler d’un film de genre, d’un film sérieux ou d’un film chiant qu’il est bien vu de dire qu'on l'a aimer en société même si on s’est endormi au bout de 15 minutes –oui je parle bien d'un film que Télérama aura automatiquement aimé par pur snobisme voyant métaphore de la lutte sociale là où il y a juste une incapacité totale du réalisateur à cadrer un dîner de famille. Je souhaite parler en cette douce journée d’avril du film allemand Soul Kitchen de Fatih Akin. Quel est l’intérêt de parler de ce film alors que tous ceux qui voulaient le voir l’ont déjà vu et qu’il n’est plus diffusé que dans 3 salles d’art et d’essaie ? Aucun, mais j’ai envie d’en parler parce que j’ai aimé et que c’est mon blog. Je l’ai vu voilà une semaine dans une petite salle lilloise, cadre parfait pour ce genre de petits films avant tout parce qu'on y vend pas de pop corn et de saloperies sucrées emballées à l'unité. Sur le papier ce film a tout pour ne pas être léger : c’est une comédie allemand (la dernière comédie allemande en date ayant eu un tant soi peu de succès était Goodbye Lenin et désolé de le dire mais, même si le film a énormément de qualité et trône comme l’un des fleurons du nouveau cinéma allemand, j’ai beaucoup aimé mais j’ai très très peu ri), le réalisateur est connu pour deux drames à la limite du glauque, le film parle de mec en qui sort de prison, de loosers et de trafic immobilier... Bref, même si le bouche à oreille était très bon et le réalisateur avait très bonne réputation –oui, je n’ai pas vu les deux autres, mais j’ai vu beaucoup d’autres films…plein– j’avais en moi cette secrète peur que l’on peut aussi avoir quand on s’attaque à un plat sucré salé dont on ne connaît pas la composition. Mais voilà, rarement, je n’ai vu une comédie légère et enjouée aussi sympathique, intelligente et entrainante.

Qu’est-ce qui fait le charme discret de ce film ? Tout d’abord c’est un film sur la nourriture qui donne faim, qui met en appétit, et ça c’est déjà beaucoup. Non pas qu’il faille être en appétit pour apprécier un film – ce qui remettrait en question la logique de la soirée McDo ciné – mais qu’il est important pour un film d’aimer son sujet. Le réalisateur film la cuisine avec amour et affection. Ensuite les personnages, sans être révolutionnaires, sont tous attachants, humains et fragiles. Si l’on ne s’identifie pas forcément à eux, on les comprend, que ce soit le personnage principal, jeune propriétaire d’un resto crado, affligé durant tout le métrage d’une hernie discale – belle performance d’acteur au demeurant – et qui veut juste s’en sortir ; son frère, gentil rebelle en prison pour un crime mineur qui n’a jamais eu la chance de réussir quoi que ce soit parce qu’il n’a jamais rien entrepris ; le cuisinier, un perfectionniste, artiste de la cuisine, qui ne peut pas réussir dans la vie parce que son talent lui interdit toute forme de compromis ; la serveuse, jeune artiste bobo qui cherche un mauvais garçon. La bande originale est aussi particulièrement birllante, enchainant les morceau entrainant et groovy sans jamais tomber dans la facilité de la BO parsemée de classiques. Je pourrais continuer comme ça pendant des pages tant le film recèle de second rôle brillamment écrit. Mais cela est inutile car tout est dit, ce film est brillamment écrit, et c’est probablement là la recette de sa réussite. Les personnages, l’histoire, les rythme, le découpage, les rebondissements, la bande originale… tout cela semble être issus un très long travail d’écriture, une longue réflexion sur le message de l’œuvre – très beau message, quoi que classique, sur les dangers de la culture de masse et l’importance de l’éducation, ici pour la cuisine, mais cela pourrait être aussi bien adapté au cinéma, à la musique ou à la vie en général. Le film se dégage habilement de toute prétention pour nous délivrer une subtile saveur de légèreté, douce en bouche et savoureuse, comme pour nous prouver qu’il n’est pas nécessaire d’être élitiste pour être de qualité et inversement, qu’il n’est pas nécessaire de faire des efforts sur humains pour apprécier la qualité.

vendredi 16 avril 2010

Règle #8 : Tuer son père

Le cinéma c’est presque comme la vraie vie. Les goûts et les relations qu’on entretient avec les différents intervenants du paysage cinématographique évoluent avec le temps, qu’il s’agisse de films, d’acteurs, de réalisateurs ou même simplement de lieux de pèlerinage. Le regard et l’affection qu’on porte à ceux-ci est un reflet de qui nous sommes à un moment précis de notre vie, mis à part l’affection qu'un esprit malade pourrait porter à Samuel le Bihan qui est le parallèle cinématographique du touche pipi avec le tonton dans la baignoire : c’est grave et malsain. Très malsain. Et comme dans la vraie vie, on a nos héros de jeunesse, en particulier un héros, quelqu’un que l’on va suivre, respecter, aduler, quelqu'un sur qui on peut compter, chez qui on croit se reconnaître ou tout du moins reconnaître ce que l'on aimerait être. Son père cinématographique. Mon père cinématographique était Tim Burton. J’ai bien conscience de la banalité de cette référence aujourd’hui, mais à l’époque, il y a presque 18 ans, ce n'était pas nécessairement une référence commune pour mes camarades de primaire.

J’ai découvert Edward aux main d’argent à 6 ans, je me souviens très bien de toutes les circonstances, nous l’avions loué dans un petit magasin de Voreppe, mon père n’était pas là, et nous l’avions regardé avec ma mère et ma sœur, et durant toute la semaine qui a suivi, à chaque fois que nous allions au magasin en question pour le rendre, nous renouvelions la location – je suppose suite à une instance plaintive et agaçante de ma part, mais cela je ne m’en souviens pas, alors je supposerais qu’un regard auprés de ma génitrice suffisait à la convaincre du bienfondé de ma requête - et ce jusqu'à ce que le gérant du magasin nous offre la VHS en question (je réalise à l'instant même que cet homme, que j'ai toujours pris pour quelqu'un d'une folle générosité devait en réalité louer illégalement des cassette pour s'en débarasser ainsi quand on connaît le prix d'une cassette pour vidéo club). Ce film me torturait littéralement, jamais je ne m’étais senti à ce point impliqué dans une histoire à la fois adulte et enfantin, noir et féérique, jamais je n’avais compris les enjeux dramatiques et sentimentaux d’une œuvre cinématographique au point d’avoir l’impression que j’étais, d’une manière ou d’une autre, impliqué dans cette œuvre, que ces enjeux ressemblaient aux miens. J’ai compris par la suite que c’est le propre d’un bon film, mais c’était une première pour moi.

Durant des années, je nourrissais une obsession maladive pour ce film, son univers, sa musique, ses personnages…je voulais littéralement être Edward. Plus tard j’ai découvert, dans l’ordre, le sombrement popesque Batman, le foutraque Beetljuice et le subtilement glaçant Batman Return, chacun de ces films ayant eu un impact équivalent que le premier sur mon jeune esprit malléable. Ne pouvant clairement pas désirer d’être à la fois un pantin aux doigts tranchants et au cœur d’artichaut, un justicier masqué, un bio exorciste dégueux et un justicier masqué de nouveaux, mais un peu plus sombre, il fallait que je trouve un dénominateur commun à tout cela. Tim Burton. Comme vous l’aurez remarquez, je parle d’une époque où Johnny Depp n’était pas l’acteur principal de toutes les œuvres de l’hurluberlu de Burbank, sinon, mon choix aurait probablement été différent. J’ai donc par la suite surveillé la carrière du réalisateur, chacun de ses films retentissait dans mon cœur comme une lettre d’un père à l’autre bout du monde. Une lettre pleine d’artifices, de freaks et de mélodies sucrées mais une lettre qui m’était personnellement destinées et que moi seul pouvait décrypter. Tim Burton me connaissais et faisait des films pour moi. C’était évident.

J’en viens donc à mon sujet du jour, qui m’est venu après une vision du pathétique dernier film du réalisateur, Alice au pays des merveilles. Je ne ferais pas ici une critique détaillée, ça n’en vaut pas la peine. Sachez juste que la vacuité du scénario et des dialogues n’a d’égale que l’insupportable prestation de Johnny Depp. Le rythme est plat, l’esthétique grossier, les acteurs grotesques, la morale choquante. Le film ressemble au résultat de l’union consanguine entre Star Wars episode I et le monde de Narnia. Mais ce film nous amène surtout à un constat alarmant : si l’on excepte son tendre et nostalgique Big Fish, cela fait 10 ans que Tim Burton n’a pas fait de films intéressants. Et si au début on se disait qu’on jugeait plus sévèrement ses films parce qu’on avait des attentes envers lui, sa dernière œuvre est d’autant plus mauvaise que, même sans attente, on ne peut que juger le film mauvais. Pire on s'apperçoit progressivement que l'on a plus d'attente envers les films de ce wannabe businessman déguisé en hirsute. Même sans passion ou d'intérêt particulier pour le cinéma, on ne peut que resté silencieux face à ce désastre en 3D. On assiste aux tribulations graphiques d’un auteur qui n’a non seulement plus rien à dire mais qui, au lieu de se répéter ou de s’arrêter, a décidé de faire tout ce qu’il détestait.


Tim Burton est devenu un pu**in de pourceau d’Hollywood, chacun de ses films le soulignant de plus en plus clairement. Celui qui jadis se battait pour montrer un cinéma de freaks and geeks, pour développer des personnages anti commerciaux et des univers personnels réalise aujourd’hui des œuvres qui semblent uniquement là pour pouvoir créer des attractions et des poupées. Comment ne pas être envahi d’une nausée fulgurante quand on voit que son dernier films est utilisé comme matériel publicitaire par Jennifer et la BNP ? Comment ? Alors, disons-le une bonne fois pour toute, Tim Burton est un has been, au sens littéral. Cela ne retire rien à l’affection et au respect que je porte à ses œuvres des années 90, mais cela porte un sérieux coup au respect que j’ai pu lui vouer en tant qu’artiste. Pire qu’un has been, c’est un vendu, un voleur. Souvent, par habitude ou peur, on ne remet pas en cause nos idoles, nos modèles, parce que cela peut remettre en cause beaucoup trop de choses quant à soi même, son identité propre. On pardonne trop souvent à ceux qui ont été talentueux, on accorde trop souvent au titre d’auteur une valeur permanente, mais il n’en est rien. Tim Burton a perdu son mojo et est devenu un pion à la solde d'hollywood.

mercredi 3 mars 2010

Règle #7 : Ne pas se laisser avoir

La gratuité est un épineux sujet en terme d’art et de culture. Je ne m’engagerais pas ici dans le débat sur la libre circulation de la musique et des films car, de l’avis d’un de mes généreux professeurs suédois je n’ai pas un opinion digne d’intérêt sur le sujet, à en juger la note qu’il m’a attribué – alors que soit dit en passant, si j’avais centré mon papier sur Radiohead, qu’il porte haut dans son cœur malgré leurs maigres initiatives dans le domaine de la distribution gratuite, plutôt que sur Nine Inch Nails, qui eux ont réellement révolutionné l’industrie de la musique, j’aurais été bien plus généreusement noté. Non, je souhaite ici parler de la gratuité en terme de contenu, de sujet, la gratuité artistique comme exposition sans justification de situation ou personnages extrêmes dans le seul et unique but de faire réagir et mousser une certaine niche de la population particulièrement friande de la situation ou du type de personnages sus nommé. Ainsi, on entend souvent parler au cinéma de nudité gratuite ou de violence gratuite, certains genres s’en font même directement l’échos en choisissant une nomenclature ouvertement cynique comme le torture porn qui regroupe tout ces films ouvertement gore et sans scénario (Saw, Hostel…). Mais souvent, cette notion de gratuité est aussi rappelé comme une forme de censure implicite comme quand elle est venue injustement s’appliquer au sublime Martyrs de Pascal Laugier, dont j’ai déjà parlé précédemment, film auquel on peut délivrer de nombreuses critiques – pas moi parce que j’ai beaucoup aimé mais je suppose que des gens de mauvais goûts pourraient par exemple – mais en rien dire que la violence y est gratuite car le film est entièrement écrit autour de la justification de ces scènes.
Quoi qu’il en soit, si violence, nudité et beaufitude tombe régulièrement sous le joug de cette qualification, de manière justifiée ou non, il est a noté qu’il est bien moins souvent signalé quand un film se complet dans un intellectualisme gratuit et surfait, et pourtant, il est de bien plus nombreux exemples de la sorte. Le dernier en date, je l’ai vu à l’occasion d’une séance en groupe, avec plusieurs amis tous issu de l’organisation d’un festival de cinéma, le Festival du Cinéma Européen de Lille, qui se déroule d’ailleurs en ce moment même à Lille pour sa 26ème édition, j’y reviendrais plus tard. Je n’introduit pas là « gratuitement » mes compagnons de visionnages, je signale seulement que ces gens connaissent et aime le cinéma comme le bon pain, mieux, ils sont cultivés, ouverts et particulièrement réceptifs aux films complexes et obscures. Nous voilà donc en quête d’un film digne d’assouvir notre appétit cinéphile sans tomber dans la cinéphagie. Un film sort potentiellement du lot, et de manière assez étrange, ce n’est pas Le Mac, mais A Single Man de Tom Ford, adulé par la critique internationale et couronné de récompenses prestigieuses un peu partout dans le monde. Annoncé comme un classique immédiat, ce film nous paraît le parfait compromis. Grave et sinistre erreur que nous avons fait là.
Je n’entrerais pas ici dans une critique méticuleuse du film car il n’en vaux pas la peine, je m’attarderais seulement sur la total gratuité du pseudo intelctualisme qui entour cette dernière collection de Tom Ford. Tout d’abord ce fau rythme lent, qui se veut contemplatif mais qui n’est qu’ennuyant. Ce scénario creux peuplé de dialogue pseudo intello sur la vie, la mort, le mensonge, l’homosexualité… qui me rappelait les poèmes prépubert que j’écrivais au collège – ce qui pourrait être mignon dans un film sur l’adolescence, mais qui est juste pathétique quand ils sont prononcés par un professeur de philosophie de 50 ans. Même l’homosexualité du personnage est gratuite, dans le sens où elle n’est absolument pas étudiée dans le film, juste là pour faire différent, faire border line sans l’être. Très vite, le film sombre dans une caricature de lui-même, collectionne les clichés et les métaphores tellement grosses qu’elles en perdent leur sens. On s’ennuie beaucoup, mais la forme soignée et l’application des acteurs à sur jouer et à avoir l’air extrêmement concerné par leur vie tout fois banale et normale semble vouloir dire « très cher spectateurs, votre somnolence durant cette projection n’est qu’une preuve de votre ignorance face à l’incommensurable importance de notre sujet, c’est un film sur l’homosexualité et le deuil, cela vous dépasse… » et les critiques qui rentrent dans le jeu… Et bien moi je dis stop à l’intellectualisme gratuit qui pourri nos écrans et allourdi nos paupières et surtout dissuade les spectateur d’aller voir les quelques films qui, dans la masse son réellement intelligents.
Si le sexe ou la violence traumatise la jeunesse – pas moi mais j’ai toujours été extrêmement viril – l’intellectualisme gratuit tue le cinéma et décrédibilise les critiques qui se roulent dedans comme les porcs dans leurs propres excréments. Je le dis haut et fort, A Single Man est un mauvais film, chiant et mal écrit qui rappelle à chaque plan que styliste et cinéaste sont deux fonctions différentes. Et pour en revenir à mon groupe de compagnons cinéphiles, la déception et la somnolence durant la scène ridicule à souhait de Julianne Moore était unanime.

mardi 16 février 2010

Règle #6 : Se laisser surprendre

Il est souvent facile de décréter des choses, de prendre pour acquis des éléments qui ne le sont pas, en particulier dans le domaine du cinéma. Dire que Samuel Le Bihan est le plus mauvais acteur que la terre ai porté est bien aisé, et même si le bonhomme n’a pas encore trouvé la force de démentir cela, laissons lui une chance, ou même plusieurs… Quoi qu’il en soit, la beauté du cinéma réside souvent là où on ne l’attend pas et c’est d’ailleurs ce qui lui confère cet éclat si particulier et unique, parce qu’il brille au dernier endroit où l’on croirait qu’il se cacherait. Du romantisme cru et violent de Punch Drunk Love de P.T. Anderson où les accès de violence d’un incroyablement sensible Adam Sandler deviennent des déclarations d’amour à la poésie décalée et naïve de la conclusion du Bernie de Dupontel, la beauté cinématographique tient son charme dans sa capacité à se loger là où elle n’a rien à faire. C’est d’ailleurs peut-être pour cela que je continue à aller au cinéma aussi souvent et à me bouffer 3 ou 4 DVD par jour, certains que j’ai tellement visionné qu’aucun plan, aucun mouvement de caméra ne me surprend plus et pourtant, c’est parfois après la vingtième vision que le moment de grâce d’un film de dévoile réellement, se dégage du lot et illumine tout le reste – j’ai par exemple mis très longtemps avant de comprendre que celui de la 25eme heure de Spike Lee, film grandement sous-estimé sur lequel je reviendrais un autre jour, n’étais pas le joussif Fuck You monologue mais le plan de Anna Paquin au ralenti quand elle déambule dans la boite de nuit au ralenti…ça me donne envie de le revoir.
Mais là n’est pas le cœur du sujet du jour, je voulais par cette introduction rappeler que le seul moyen de réellement apprécier un film est d’aller le voir avec l’esprit le plus ouvert possible, pour se laisser surprendre, garder cette innocence toute enfantine et se laisser manipuler par les images. Hier donc, je suis allé au cinéma avec une très bonne amie dont la boulimie cinéphile provoque chez moi sérieux complexes et me font douter quant à mon implication dans ma passion, elle fréquente en effet les salles obscures avec la même fréquence que alcoolique fréquente les bars, et ce n’est pas une expression. Me voilà donc avec elle pour voir un film dont la bande annonce m’avait intrigué mais dont je ne savais rien, Brothers de Jim Sheridan, spécialiste en films chocs et émouvants qui s’est ici séparé de son acteur fétiche pour s’entourer d’un bien étrange casting : le toujours excellent et naturel Jack Gyllenhall qui s’apprète à entérrer sa carrière et sa crédibilité avec l’adaptation d’un jeu vidéo – ça n’annonce jamais rien de bon – produit par Disney – ça non plus -, la trop discrète Natalie Portman et Tobey McGuire qui fait rarement preuve de plus de charisme et de talent que bob l’éponge. L’histoire est simple et complètement raconter dans la bande annonce, cette d’un mari aimant laissant sa femme aux soins de son frère pour aller combattre en Afghanistan, annoncé mort et qui, à son retour du front après 3 mois de disparition ne parvient à combattre ses démons qu’en les assimilant à ceux qu’il aime.
La surprise de ce film vient de Tobey McGuire qui, de souvenir d’homme n’avait pas réussi à proposer quoi que ce soit du point de vu jeu d’acteur depuis son apparition dans Wonder Boys de Curtis Hanson. Il parvient à merveille à incarner ce personnage désincarné à la fois dur, violent et fragile, autant dans ses crises spectaculaires que dans ses silences et son regard détruit par la mort, la guerre et l’incapacité d’assumer ce que l’armée a fait de lui, ce regard dont on parle dans Full Metal Jacket, on le voit ici, mais c’est bien plus qu’un regard, c’est un corps entier qui, sans ses mouvements et ses plaies, est métamorphosé par la guerre. Le climax du film repose de manière surprenante dans une « baston de regard » extrêmement pesante que se livre Tobey McGuire et sa fille de 8 ans, la jeune Bailee Madison, troublante de réalisme dans son rôle. Pour une fois, et c’est rare, ce drame centré sur la famille et la psychologie ne coule pas en mélo, au contraire, tous les personnages rayonnent d’une force et d’une dignité pudique. Rien n’est gratuit, pas mêmes les explosions de colères de Tobey qui auraient pu sembler théâtrale si son calvaire en Afghanistan n’avait pas été porté, avec subtilité, à la connaissance des spectateurs. Le but du film n’est d’ailleurs pas de porté un jugement sur quoi que ce soit, ni sur la guerre, ni sur l’armée, si sur aucun des personnage, il s’agit d’un drame sur un homme déphasé qui ne parvient pas à se réintégrer à son milieu.
Jack Gyllenhaal fait comme d’habitude preuve d’un grand naturel dans ce rôle, parvenant sans problème à nous faire goder la gentillesse naturelle de cet ancien détenu (ça aurait été dur à gober de la part de n’importe qui d’autre je crois) et son alchimie avec son partenaire masculin fait que le titre du film n’est absolument pas usurper. Au milieu de ces deux frères, Natalie Portman apporte une nouvelle pierre à sa carrière en étant crédible dans ce rôle de jeune mère, femme forte et loin d’être naïve. La beauté de ce film réside dans le réalisme de chaque personnage et l’amour que leur porte le réalisateur. La famille a toujours été un sujet au centre de ses œuvres, il montre ici que personne n’a un rôle facile, du grand père aux enfants, mais que tout le monde doit jouer son rôle pour veiller à l'équilibre.

samedi 13 février 2010

Règle #5 : Se laisser aller à Classer

Les fins d’année et qui plus est de décennies sont propices aux classements en tous genres. Cette manie est très intéressant quand on est Quentin Tarantino et qu’elle permet non seulement de mieux comprendre la variété de références qui peuplent ses œuvres mais aussi et surtout de s’apercevoir que le bonhomme n’a pas laissé au vestiaire son passé de gérant de vidéoclub cinéphage au possible et confirme son honnêteté, qu’on adhère ou pas à ses derniers choix de carrière.

En revanche, c’est beaucoup moins intéressant quand le classement en question sort des élucubrations geeko-pop culturesques d’un associable qui croit que son jugement malhabile intéresse quelqu’un d’autre que sa génitrice, son géniteur ayant depuis longtemps cessé de l’écouter. Vous comprendrez donc que je ne suis d’habitude pas d’humeur à officialiser mes top 10 annuels – que je fais cependant consciencieusement tous les ans dans mon coin, en bon cinéphile maniaque que je suis, après avec reclasser mes DVD selon un critère différent – et pourtant, un ami réalisateur belge dont la bonne volonté et le talent n’ont d’égal que sa passion pour le septième art m’a convaincu de passer le pas, avec quelques arguments bien emballés de compliments. Donc, en ce 13 février 2010, je vous présente, non sans émotions, mon classement des films de 2009, en toute subjectivité.

1 : Morse de Tomas Alfredson
Cette histoire de vampire, sombre et froide, se déroulant dans une Suède déprimante et enneigée est probablement l’un des films de vampires les plus aboutis de l’histoire du cinéma. L’histoire tout d’abord, un vampire multi centenaire enfermé dans le corps d’une enfant de 12 ans qui se lie d’amitié avec un enfant « de son âge » est les plus belles des portes ouvertes à tous les dérapages que le film évite avec une classe sans égale. L’actrice principale, Lina Leandersson, développe un jeu à la fois sombre, sobre et profond, parvenant, par un miracle qui m’échappe, à conféré à son personnage le regard d’une personne ayant traversé les siècles. Le film a aussi l’élégance de nous éviter une sempiternelle amourette de bas étage entre les deux héros et préfère se concentrer sur une description d’un douloureux contexte social et une réécriture du mite de l’ange gardien, le tout sans jamais renier les règle du film de genre et en nous délivrant un final d’une malsaine beauté. Assurément le plus beau film de l’année.

2 : Tetro de Francis Ford Coppola
Ce conte grec moderne, revisité par l’un des plus grand réalisateur de tous les temps, surprend par sa fraîcheur et sa capacité d’utiliser les différents formats offerts par le cinéma pour exprimer les émotions et enrichir son récit sans jamais être arrogant. Coppola nous sert une histoire sur la famille, le talent, la reconnaissance et le passage à l’âge adulte avec la même énergie et ambition que s’il s’agissait de son premier film, aidé dans sa tâche par deux acteurs masculins que tout oppose, Vincent Gallo, géni maudit, timide et égocentrique à la vie comme à l’écran et Alden Ehrenreich en jeune candide, frais et charismatique. Un duo gagnant qui permet, tout le long du film, de trouver un parfait équilibre. Coppola fait preuve de géni aussi en faisait le grand écart d’une scène à l’autre, de la comédie au drame, de la couleur au noir et blanc, de l’expérimental au classique… Un film aux multiples lectures, maîtrisé et élégant.

3 : Jusqu’en Enfer de Sam Raimi
Je ne m’étendrais pas sur ce film, construit comme un grand huit cinématographique, qui fleure bon le Sam Raimi de l’époque Evil Dead – je milite même activement auprès d’un groupe de prépubert pour officiellement reconnaître ce film comme le quatrième opus de la franchise. C’est drôle et jouissif, l’horreur y est distillé comme de la morphine, on sort de la salle avec le sourire aux lèvre et le cœur qui palpite. C’est un film simple et sans prétention, une sorte de doigts d’honneur aux torture-porns comme Saw et autre Hostel… Inutile de tomber dans le voyeurisme pour faire un bon film d’horreur, il suffit d’être malin, pervers, d’avoir un bon sens du slapstick et de toujours avoir en tête qu’il s’agit avant tout d’un divertissement. Après un Spider Man 3 très décevant, Sam Raimi nous offre un film en forme de lettre d’excuse à ses fans de la première heure, ça nous va droit au cœur.

4 : Inglorious Basterds de Quentin Tarantino
L’histoire réécrite par Tarantino, c’est un peu comme le lait revu et corrigé par Orange Mécanique, ça à l’air foutrement plus cool ! Tarantino, après deux films décevants – le Kill Bill 2 et son final digne d’une série B sur M6 et le bancal Death Proof qui, d’un hommage au Grindhouse, bascule en hommage masturbatoire à Tarantino lui-même – était attendu au tournant avec ce film, dont le casting original avait été annoncé juste après Kill Bill (et, si je me souviens bien, il nous avait balancé des Madsen, Rourke et Stallone en veux-tu en voilà). On avait peur, s’attaquer à l’histoire de manière décalée, qui plus est la très sensible période de la WW2, c’est même plus risqué, c’est carrément du suicide artistique, et pourtant, en dynamitant les préjugé et les attentes, Tarantino nous sert un film audacieux, intelligent et surprenant, s’amusant à inverser constamment les rôle et offre à ses acteurs toutes les possibilités de briller.

5 : (500) jours ensemble de Marc Webb

La comédie romantique n’est pas le genre le plus glorieux au cinéma, et délivrer un film marquant dans ce genre reviens à faire un blague carambar digne d’un pulitzer. Marc Webb – futur réalisateur du reboot de Spider man - relève le défi avec brio et livre un film frais, agréable et réjouissant, ne cédant jamais à la niaiserie et à la facilité en nous livrant une histoire d’amour qui fini mal du point de vue d’un homme moderne (c'est-à-dire fragile, geek et brun). La prouesse est largement facilité par un casting aux oignions avec le fringant Joseph Gordon Levitt et l’électrique Zooey Deschannel - dont les yeux justifient à eux seuls la vision du films. Sans apporter rien de nouveau au genre, si ce n’est sa structure et sa BO très pop rock in, le film est l’un des meilleurs divertissements de l’année.


6 : Watchmen de Zack Snyder
Adaptation ambitieuse et réussie de l’un des fleurons de la littérature Comics, Watchmen marque par sa beauté graphique, sa fidélité à l’œuvre originale et son refus d’en faire un produit hollywoodien. Le rythme est savoureusement lent, le ton nihiliste à souhait et les personnages merveilleusement incarnés. Coups de cœur pour Rorschach et le comédien.

7 : Les Beaux Gosses de Riad Sattouf
Ce film aurait pu s’appeler bienvenu dans l’âge ingrat si Todd Solondz n’avait pas déjà emprunter ce titre pour un autre de ses films. Riad Sattouf raconte l’adolecence comme il l’a vécu. Rarement comédie adolescente n’a été aussi tordante, on pleure de rire face aux errements de ces ados incarnés par un casting incroyable qui fait passer le film pour un documentaire. Une réalisation audacieuse, du choix des cadrage aux choix musicaux, permet de confirmé qu’il ne s’agit pas d’un simple coup de bol mais bel et bien d’un talent à suivre.

8 : Zombieland de Ruben Fleischer
Une comédie horrifique musclée servie par un casting haut de gamme, Woody Fucking Harrelson en tête et un scenario malin. Si l’on peu regretter un final en contre temps où l’humour laisse place à un héroïsme mal placé, le film est un bon moment, peuplé de références et de bonnes répliques, qui ressemble à une version américaine de Shaun of the Dead dans son ambition, sans cependant en avoir l’originalité ou l’humour anglais.

9 : Funny People de Judd Apatow
Judd Apatow est un homme triste déguisé en comique, et ce film est de manière évidente son plus personnel. En nous décrivant l’impossibilité pour les comiques de se poser autrement qu’en observateurs de la vie par leur obsession du bon mot, du bon gag, Apatow nous signe ici une œuvre en demi teinte, parfois drôle, souvent pathétique sur de vrais asociaux. C’est pas toujours très adroit mais ça change dans le bon sens du terme.

10 : OSS 117 Rio ne Répond Plus de Serges Hazanavicius

Une nouvelle aventure de l’agent secret le plus français du monde. Plutôt que de nous servir un réchauffé du premier dont on se serait d’ailleurs délecté, le réalisateur et son fidèle scénariste Jean François Halin réinvente le personnage pour en faire une caricature du lui-même. Les gags, aussi inégaux soient-ils, font mouche, Dujardin cabotine comme jamais, une comédie comme on aimerait en voir plus souvent.

11 : Observe and Report de Jody Hill
Ce sera le dernier film de ce classement et il se trouve ici même s’il n’est pas encore sorti en France et qu’il n’y sortira probablement jamais. Voilà un film qui prend le spectateur par revers, avec son emballage de bonne grosse comédie comme la bande annonce et le casting – Seth Rogen et Anna Faris en tête – le laissaient présageaient qui cache une critique pimentée et amer du rêve américain. Le Film est porté par la prestation tout en retenue de Seth Rogen qui donne forme et humanité à ce personnage violent et à la vision simplifiée du monde qui n’est pas sans rappeler le Bernie de Dupontel. Une réplique du film le résume « I thought it was going to be funny, but it’s actually sad ». Osé dans sa représentation du héros, Observe and Report ne fait aucune fausse note et navigue à vue à la frontière de la comédie lourde et le drame social. L’une des plus impressionnante réussite de la nouvelle génération de comique US, boudé par la critique et le publique, dont la France risque d’être privé. Du coup, je profite de ce classement pour en toucher un mot.

Règle #4 : Remettre en perspective

Paul Haggis, il y a quelque temps durant une interview promotionnel pour son sobre et élégant Dans la vallée d’Elah, a répondu à la question « votre film est-il engagé politiquement, est-ce une œuvre ouvertement protestataire » qu’en temps de guerre, tous les films étaient engagés. Ce réalisateur et scénariste de talent soulève ici un point de vue tout à fait intéressant même s’il le fait avec l’éloquence d’un Eric Cantona – petite aparté pour vous faire partager ma joie de remarquer que Cantona ne fait pas parie du répertoire de noms propres de Office XP. Un film peut-il être jugé en dehors de son époque de son contexte géopolitique ? Exemple stupide mais efficace, prenez le nihiliste Fight Club de David Fincher, sortie en 1999 et depuis devenu film culte. Si ce film avait été fait postérieurement aux attentats du 11 septembre, il y a fort à parier d’une part que le montage aurait complètement été repris par les studios mais aussi et surtout que le film aurait été taxé d’anti patriotique/pro terroriste avec son final tout en tours effondrées et qu’il serait probablement tombé dans l’oublie des films provoques gratuites. Un film doit toujours être compris, remis dans son époque, même si son message n’a pas de limites temporelles ou géographiques, son appréciation dépend beaucoup de la capacité du spectateur à faire la gymnastique mentale entre le présent et le passé, les meilleurs films étant ceux qui s’adaptent à toutes les époques (typiquement les films de genre réussi qui ne sont que des métaphores universelles des maux de la société, Zombie de George Romero étant l’exemple le plus frappant de cet universalité).
Samedi 6 Février donc, après un copieux dîner aux frais de la princesse pour cause que c’est mon anniversaire même un mois après mon anniversaire, je me suis dirigé vers une petite salle de cinéma lilloise, l’Univers, lieux de refuges de quelques habitués de la cultures de la métropole lilloise, qui proposait ce soir là une rétrospective Tennesse Williams composée d’un seul film pour d’obscures raisons de distribution sur lesquelles je ne m’étendrais pas ici. Je ne ferais pas l’hypocrite non plus, je ne fais pas partie de la faune habituelle de l’Univers, j’y suis allé tout au plus deux fois, mais la séance était organisée par une amie qui a le don de m’embarquer où bon lui semble en habillant ses arguments d’un tumultes de mots charmants qui se bousculent à ses lèvres de la plus élégante des manières retirant momentanément de mon vocabulaire toutes locutions négatives. En d’autres termes elle est convaincante. Et me voilà donc dans cette salle de 90 places peuplée d’amis de la demoiselle en question et d’habitués de la salle nettement plus âgés pour voir un film de 1951, de Elia Kazan – qui a eu la classe et le bon goût de mettre au monde celui qui allait enfanter de la ravissante Zoé Kazan qui crevait d'ailleurs l'écran dans ses courtes scènes du film de Paul Haggis cité plus haut, et se permettait aussi en deux courtes apparitions de voler la vedette à Leonardo Di Caprio et Kate Winslet cabotinant pour un oscar dans Les Noces Rebelles de Sam Mendes – qui a pour vedette le talentueux Marlon Brandon, alors beau, jeune, inconnu et vivant. J’avoue avoir un peu peur, les films des années 50 m’ont rarement réussi, justement parce que le mental de cette époque m’est totalement étranger et qu’en général je ne comprends rien aux tenants et aux aboutissants de ces histoires et ces dialogues.
Et pourtant, j’ai rarement été aussi ému au cinéma. Ce film, à l’écriture exceptionnellement fine, définissant ses personnages par petites touches de dialogues, dégage une modernité que j’ai rarement croisée dans les films de cette époque. Brando y est pour quelque chose, pour beaucoup même, si Jean Gabin est connu pour pouvoir joué avec son dos, Brando lui joue avec l’intégralité de son corps, ce qui est nettement plus impressionnant. Il incarne ce personnage dur, sexuel et viril en diable au sens propre du terme, chaque coup d’œil transpire de la perversité séduisante nécessaire à la profondeur de l’histoire. Quelle claque ! Quel géni ! Le reste du casting est excellent aussi, mais il est difficile de ne pas être fade quand on joue face à un tel monstre qui choisi ce film en particulier pour se révéler. L’histoire est elle aussi étonnamment moderne et perverse, tournant sans aucune manière autour de l’importance de la sexualité, en confrontant la froideur languissante d’une relation platonique à la charnelle satisfaction d’une relation physique, mais aussi la manipulation et la dépendance qui en découle dans les deux cas. Tout est fait avec élégance, naturellement, des costumes au décor, chaque élément est maîtrisé et participe à l’installation de ce climat moite et instable. L’actrice principale, Vivien Leigh, rendue célèbre par son rôle dans le chiantissime Autant en Emporte de Vent s’expose dans de troublant monologues qui franchissent allègrement les limites de la folies et justifie son jeu qui de prime abord peut paraître un chouillat théâtrale mais qui, juxtaposé à la très belle musique du film se révèle un choix judicieux et courageux. La réalisation est aussi assez audacieuse, en transformant au fur et à mesure du film un appartement qui, de nid douillet devient prison, par petite touches subtiles et justifiées.
Pour en revenir à mon introduction, si ce film est objectivement excellent, le remettre dans son époque et dans le lot des films qui l’entouraient permet bien mieux de se rendre compte de son exceptionnelle qualité, de son écriture en dehors des modes et du temps qui étudie l’animalité de l’homme, une animalité qui dépasse les époques et les frontières. Remis dans son époque et la censure morale qui pouvait alors régnait, l’œuvre prend une toute autre dimension, libératrice, provocatrices avec un arrière goût d’interdit – le film a d’ailleurs connu quelques censures. Un film qui évite les émotions faciles et qui se prive de définir des bourreaux et des victimes… Ce qui sidère le plus dans ce film c’est qu’il y a 60 ans, on était capable d’utiliser au maximum ce kaléidoscope d’émotion qu’est le cinéma et que le temps n’a en rien terni le message ni la beauté de ce film, c’est d’ailleurs cette capacité à traverser le temps qui en fait un chef d’œuvre. A oui, au fait, ce film est Un Tramway Nommé Désir.

jeudi 4 février 2010

Règle #3: Se souvenir de la première fois




Le jeu de mots ou le parallèle est facile et pas nécessairement justifié, et pourtant, il est important de ne jamais oublier son premier contact avec les sièges en velours rouge d’une salle de cinéma, l’impression sur ses rétines encore innocentes des premières émotions sur grand écran. Le cinéma laisse au jeune spectateur apte à comprendre l’univers un goût qui dictera à jamais sa relation avec les salles obscures. Je ne parle pas ici de la première fois qu’on entre dans une salle en tant que gnard insupportable parce que nos géniteurs n’ont pas trouvé de nourrice bon marché. Ce genre de séance s’achève en général avant la fin parce que les parents ont cédé à la honte des réflexions de tout le reste de la salle quant aux gémissements/questions/fonctions intestinaux de leur progéniture, non je parle de ce premier souvenir, de cette première fois où l’on comprend que, non, le cinéma n’est pas seulement une grande salle avec plein de gens assis, c’est aussi et surtout un lieu de magie unique qui transporte dans des mondes qu’aucun livre en carton plastifié – qui constitue l’essentiel de la culture littéraire de la personne en question à ce moment de sa vie, ce qui laisse donc encore à mon colocataire l’occasion de vivre cette première fois cinématographique – n’a laissé présagé.

Malheureusement, comme souvent dans les premières fois, on a pas souvent le choix du menu, on prend ce qui vient parce qu’on n’a pas encore les moyens de choisir. Je m’adresse là donc aux personnes qui auront dans un futur proche l’occasion d’accompagner une personne pour ce qui sera, potentiellement, sa première fois, parce qu’ils récemment ont participé à l’effort global de protection de l’espèce en danger qu’est l’être humain. Le choix du film est d’une importance majeure et définira les tendances cinématographiques du cobaye pour les années à venir. Evitez donc les classiques mièvreries enfantines qui ont plus tendance à stériliser les ambitions intellectuelles d’autant plus que le grand prêtre en la matière vient d’ouvrir à nouveau ses studios d’animation classiques après quelques années de jachère. Le rêve s’obtient par la surprise, la force, l’irrévérence et l’iconoclasme, en aucun en faisant chanter en duo un animal de la ferme avec une princesse/femme au foyer.



Ma première expérience s’est passée en toute fin des années 90, j’avais 5 ans et mon idole était le bouton rouge de la télécommande qui semblait avoir infiniment plus de caractères que tous les autres, tout ornés de chiffres et de lettres qu’ils étaient. A mon entrée dans la salle, déjà, mon cœur battait plus vite, je pouvais ressentir que ce lieu était différent, unique, les gens assis autour de moi ne parlaient pas, ils se murmuraient des choses aux oreilles, ils ne se regardaient pas, ils faisaient face à une toile blanche. Puis la salle s’est éteinte, mais je n’ai pas eu peur, je savais que j’étais en sécurité, que ce lieu me protégerait parce que tout le monde soupirait de soulagement, parce que tout le monde souriait. Puis il y a eu des images, de la musique, de l’action et des dialogues. J’ai une histoire à la fois drôle et sérieuse, des personnages construits, grandiose et humain. Je n’ai pas tout compris et pourtant je ne ratais rien, je voulais garder toutes ces informations dans mon esprit à jamais parce que je n’avais jamais vécu quelque chose d’aussi extraordinaire, j’avais bien trop peur que cela ne soit qu’une opportunité unique – d’autant plus que le fait d’être confortablement assis tout en recevant une telle jouissance me paraissait plus que douteux, impossible - et il était hors de question que cela se perde.

Puis ça s’est fini, je suis sorti de la salle, et me suis aperçu que mon cœur ne s’étais pas calmé durant tout ce temps. Je ne saurais si j’ai parlé de mon expérience jusqu’à ce que mes cordes vocales se mutinent ou que mon père me dise de la fermer ou si je suis resté muet. Je ne saurais dire non plus comment nous sommes rentrés à la maison, ce que nous avons mangé… Je n’étais plus là depuis longtemps. Ce film, cette première émotion c’était face à ce qui reste dans mon cœur l’un des plus grands films d’aventures de l’histoire du cinéma, un chef-d’œuvre réalisé par Steven Spielberg en 1989 à une époque où il n’était pas obsédé par l’idée « géniale » de remplacer les armes à feu par les talkies-walkies. Je parle bien sûr du dernier épisode valable de Indiana Jones, Indiana Jones et la dernière croisade, merveilleusement porté par un Harrison Ford charismatique en diable et un scénario d’une richesse qu’on rencontre rarement au cinéma. Plus tard, après quelques dizaines de visionnages obsessifs de la VHS, je me détachais avec les années de l’émotion démultiplier de cette première fois pour découvrir l’œuvre pour ce qu’elle est, un hommage tendre et innocent à un cinéma aujourd’hui disparu, un cinéma d’action et d’aventure où l’humain était l’élément central de l’œuvre, où les dialogues avaient autant d’importance que les surprises visuelles, un cinéma léger et naïf qui transporte. J’ai aussi appris à me délecter de la performance tout en auto parodie de Sean Connery et de l’immense second degré qui confère à l’œuvre un arrière-goût gentiment culotté, en particulier cette scène de dédicace de Hitler.


Règle #2: Savoir faire confiance

Le cinéma, comme tous les arts, dépend d’un auteur, d’un créateur qui à défaut d’être le seul maître à bord est le seul responsable à bord. D’aucun ne me justifie la qualité ou l’échec d’un film par la prestation d’un acteur, la beauté d’une bande originale ou l’incommensurable splendeur des paysages au soleil couchant. Foutaises ! Balivernes ! Si l’appréciation d’un film peut en effet passer par ces vecteurs, ils ne sont pas là par hasard, il sont là parce que le tout puissant réalisateur a choisi des les réunir ainsi et – surtout – y est parvenu. Le hasard n’existe pas, pas au cinéma tout du moins, il n’existe pas parce qu’il s’agit d’un des rares univers cohérents où Dieu a une réalité physique, le dieu d’un film est le réalisateur, il décide de temps, des émotions, de l’atmosphère… Vous voyez où je veux en venir, le cinéma est une religion polythéiste où Stanley Kubrick fait office de grand manitou et Ron Howard de l’équivalent de Salacious Crumb, la petite bête répugnante et gémissante sur l’épaule de Jabba the Hutt dans Star Wars Episode VI : Le retour du Jedi. J’en viens donc à mon point : le seul critère objectif de choix et de jugement d’un film est le réalisateur. La qualité d’un de ses films dépend tout autant du film en lui-même que de ce qu’elle veut dire dans le reste de sa création, dans la logique de son évolution créative. Ainsi, un film peut être bon en tant que tel, mais terriblement mauvais en comparaison du reste de la carrière du réalisateur – oui je pense à la fin de carrière de Tim Burton – ce qui ne change pas la qualité du film, mais modifie considérablement sa portée. Si Stanley Kubrick est aujourd’hui considéré comme le plus grand réalisateur que la terre ai chié ce n’est pas uniquement dû à la qualité formelle et artistique de ses films, mais au fait que tous ses films, sans exception, sont des chefs-d’œuvre à la fois techniques, visuels et narratifs et ce parce qu’il a prix sept ou huit ans entre chaque œuvre pour ne pas pouvoir faire de faux pas, pour ne rien laisser au hasard.


Pour en venir aux faits, je souhaite aujourd’hui parler du dernier film de Jaco Van Dormael, Mr Nobody. Jaco Van Dormael est un réalisateur atypique, il a 20 ans de carrières et seulement trois longs métrages à son actif, le film cité plus haut, Toto le héros (1991) et le Huitième jour (1996), ces deux-là ayant eu un massif soutien critique et un respectable succès public et font aujourd’hui partie du patrimoine mondial de la culture cinématographique. Le bonhomme n’est donc pas véloce, il prend son temps, se laisse bouffe par ses sujets pour mieux les recracher par la suite et surtout acceptent le cinéma pour ce qu’il est, un formidable vecteur de poésie. Inutile de dire donc qu’on attendait son Mr Nobody de pied ferme à partir du moment où on nous avait rappelé l’existence de cet obscur réalisateur belge. J’attendais ce film comme j’attendais un claque après avoir fait une bêtise, je savais que ça allait me retourner, que je n’allais pas tout comprendre, que ça allait faire mal et que ça tournerait dans ma tête pendant des semaines. Je n’ai pas été déçu.
Voilà un objet cinématographique tout à fait singulier, à la narration éparse, aux choix esthétiques affirmés et au sens obscur qui en surprendra plus d’un. Mr Nobody nous déploie la vie du personnage principal en se dégageant de quelques règles de bases de la narration comme la linéarité temporelle, l’unicité des personnages ou la distinction entre rêve, réalité et fiction pour mieux explorer toutes les possibilités de se personnage. Jaco préfère explorer toutes ces possibilités de fronts, les mélanger, les comparer, les mettre en parallèle, les torturer jusqu’à en obtenir la substance moelle, il nous présente donc son personnage de la manière la plus complète qu’il soit en nous détaillant tout ce qu’il peut être en fonction des choix de vie qu’il fait.
Bien trop malin pour nous livrer un film moralisateur ou une happy end, le réalisateur nous montre un homme qui, dans chacun de ses choix de vie, trouve une sorte de bonheur, de concrétisation de ses espoirs, il n’y a pas de mauvaise ou de bonne vie, juste une multitude de possibilités qui chacune apporte leur lot de bonheur, de malheur et de compromis. C’est donc un film sur les choix, mais aussi et surtout sur les femmes, une ode à la femme qui guide le personnage principal dans ses vies. Jared Leto, élecrtisant dans ce rôle de pantin du destin ressemble à un enfant perdu qui cherche une mère, une femme, une amie pour trouver sa voix. C’est également une œuvre sur la complexe relation père fils, sur l’amour, sur l’enfance – comme toujours avec Van Doarmel -, sur la poésie et la réalité. Une œuvre graphique et littéraire qui abandonne la linéarité pour s’approprier la forme d’un arbre généalogique où chaque branche représente la même personne après différents choix.
Ce film est une œuvre qui vient chatouiller le spectateur à des endroits inédits, avec tout le talent et la maladresse propre aux grands auteurs – qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’imagerie et la sensibilité de Terry Gilliam. Sorte de cousin sobre et onirique de The Fountain de Darren Aronofsky, mélangeant avec brio références populaires et parti pris artistique, ce film, dés sa première scène futuristique, exige l’entière confiance du spectateur, sa confiance en ce réalisateur et sa capacité à tenir un récit aussi tordu et inhabituel, à rattraper le spectateur quand il est perdu. En l’absence de cette confiance, il est presque impossible d’apprécier ce film à l’opposé des standards hollywoodiens.
Jaco Van Doarmel obtient facilement cela du public averti de fait de son glorieux passé de faiseur d’image, mais j’en viens à me demander si, venant d’un réalisateur novice ou sans passé notable, je n’aurais pas privé l’œuvre de cette attention et ouverture toute particulière, tout comme je n’aurais rien excusé au foutraque Southland Tales s’il n’avait pas été fait pas Richard Kelly, auteur du génial Donnie Darko dont je parlerais plus tard.

lundi 1 février 2010

Règle #1: Etre bien accompagné

Aller au cinéma est, contrairement au visionnage d’un DVD ou au nettoyage de la façade de la maison au karsher, un acte sociable. C’est se mêler à une foule, à une ambiance, apprécier ou détester une œuvre avec ou contre le reste de la salle, gueuler sur son voisin de droite qui parle trop fort avant de s’apercevoir que c’est votre père. La réaction d’une salle face à une œuvre fait également partie prenante de ce qu’est un film, par exemple les rires masculins gênés durant une séance du sublime et bêtement controversé Martyrs de Pascal Laugier ont autant d’importance quant au message du film – et à sa portée sociale – que l’interminable et insupportable torture qui constitue toute la seconde partie du film. Le public est acteur quand le film est bien conçu – du moins conçu pour appeler à une réaction naturelle du public. Ceci m’amène donc à mon sujet : aller au cinéma c’est choisir un film mais aussi et surtout une compagnie, je parle là des gens que l’ont choisi consciemment ou par obligation familiale d’amener avec soi dans une salle de cinéma. Dans mon cas, ce choix, quand il m’est attribué – ce qui n’est pas tout le temps le cas, contrairement au choix du film, faudrait pas voire à déconner non plus, quand je vais au cinéma, c’est pour le film que je choisis – réponds à des critères très précis : ne pas parler tant que les lumières ne sont pas allumées, ne pas manger de nourriture bruyante (j’accepte la pâte d’amandes non emballée), ne pas se moquer de l’œuvre qu’elle soit bonne ou mauvaise et être capable, au sortir de la séance, d’attribuer au film un commentaire plus développé que le classique « c’était pas dégueu ». Il en faut plus pour être un « Compagnon de Cinéma Idéal » (CCI) mais remplir ces quelques critères est une condition essentielle. Dans ces conditions, vous comprendrez qu’il n’est pas forcément si aisé que cela de trouver l’alpha CCI, d’autant plus quand il ne s’agit pas de s’émerveiller devant les étrons numérisés de James Cameron.

Je vous parle de cela parce que le 22 Janvier dernier, je m’apprêtais à aller voir le dernier Frère Coen avec une demoiselle pour une première soirée en sa compagnie. Un Frère Coen n’est pas un film ordinaire, c’est comme un bon vin mais avec des images et du son. C’est toujours une objet cinématographique complexe et développant de multiples possibilités de lecture, se jouant des codes cinématographiques pour pousser le spectateur dans ses derniers retranchements, poussant au débat et aux interprétations multiples quant au sens, aux influences et au look des acteurs. A Serious Man ne fait pas exception, j’y reviendrais. Ce n’est donc pas forcément le meilleur film pour un premier rendez-vous, quelle que soit la nature de la relation que vous comptez entretenir avec le rendez-vous en question, c’est en revanche un excellent teste pour savoir sa validité en tant que CCI. J’étais donc en un sens excité à l’idée d’emmenée cette demoiselle que je ne connaissais presque pas voir un film qui, au vu de la bande-annonce, s’annonçait comme un chef-d’œuvre de non sens et de complexité, une sorte de synthèse des névroses et obsessions des deux Frères réalisateurs. Cela ressemble à une sorte de mise à l’épreuve des balles en terme de CCI, un jet dans la cage au tigre avec pour seule défense un tube de dentifrice et une mallette samsonite. Si la demoiselle en question s’en sortait avec les honneurs, je me voyais déjà l’emmener de salle en salle et débattre de l’importance des coupes franches dans la scène du dîner de Buffalo’66 de Vincent Gallo. Bon, je ne m’étendrais pas sur les détails ni les termes techniques, mais une chose en amenant une autre, je suis allé seul au cinéma. Oui…oui, ça ressemble à un lapin.

Affronter seul A Serious Man est extrêmement frustrant. Suivre les tribulations de ce père de famille juive et professeur de physique à la fois étranger chez lui et dans son travail, faisant le grand écart entre pensée physique extrêmement logique et symbolisme religieux incompréhensible pour essayer de remettre de l’ordre dans sa vie qui lui échappe complètement relève du périple cinématographique. En effet, les Frères Coen ont ici créé un univers extrêmement réaliste, cynique et froid où la vie est guidée par le non-sens. Ils donnent au « les voix de dieu sont impénétrables » ses lettres de noblesse en se livrant à une adaptation libre du livre de Job dans la fin des années 60. Ici, action et conséquences ne sont pas liées. On assiste également à une truculente critique de la religion judaïque prise au premier degré voire même à une désacralisation de la religion dans ses rites et son incapacité à donner un sens à l’univers qu’elle est censée représenter, où les paraboles semblent aussi creuses que des blagues sans chutes. L’introduction du film pousse même à voir la religion ou l’ésotérisme en général comme très dangereux quand il est pris à la lettre. Le tout est servi par un casting hors pair et une qualité formelle (montage, son, photographie…) qui a toujours été l’apanage des Coen.
Me voilà donc seul à la sortie de ce film, il fait froid et les questions sur la vie, sur dieu, sur le rock, sur les mathématiques se bousculent et je n’ai personne à qui en parler. A ce moment-là, je donnerais même un bras droit pour un simple « pas dégueu ce film » tant ce film appelle à la discussion, au dialogue, à la recherche de ses nombreuses clefs de lecture qu’elles soient culturelles, référentielles ou religieuses. La « morale » du film est que l’on est dans un monde où l’algorithme de la vie –qu’il soit spirituel ou cartésien - restera à jamais obscur. Nous avons l’histoire mais pas la règle mathématique ou la morale qui fait que tout cela fait sens. Le film est construit de la même manière et laisse le spectateur songeur. Et moi je suis songeur mais seul à la sortie de ce film, rongé par les névroses de ce personnage.