Le grand consommateur de cinéma est également grand consommateur de préliminaires cinématographiques. Je ne parle pas là de petits films mettant en appétit avant un plus grand – quoi qu’un court métrage avant un long est toujours le bienvenu – je parle ici des nombreuses informations glanées à propos d’un film avant sa sortie. Non le cinéphile ne choisit pas le film qu’il va voir une fois devant le fronton du cinéma en fonction de l’affiche la plus cool, d’une part parce qu’on ne juge pas un livre à sa couverture, et d’autre part, parce que la moitié du plaisir se situe justement dans ces préliminaires, dans cette recherche patiente et laborieuse de photos de tournages, d’anecdotes, de bulletins de production, de bandes annonces et de teasers, d’affiches et de dessins préparatoires… Quand il entre dans une salle obscure, le grand consommateur de cinéma a déjà un film en tête, qu’il s’est constitué à partir de ces bouts de peau de film tel un Jame «Buffalo Bill » Gumb se confectionne un manteau en bouts de peau… de peau dans Le silence des Agneaux.
Personnellement je me souviens avoir créé un film particulièrement sombre et décalé à partir des éléments que j’avais glané sur Fight Club durant mon adolescence. Si, bien entendu, on retrouvait le concept des fight club, Tyler était pour moi un riche excentrique qui payait des cancéreux en phase terminale pour se battre avec lui, et qui plus tard payait Marla, elle aussi cancéreuse en phase terminale, pour faire des gang bang, le tout dans une société au bord de la décadence… et aussi curieux que ça puisse paraître, j’avais vraiment envie de voir CE film. La découverte de l’œuvre réelle plusieurs mois après a été un mélange de déception et de bonne surprise, comme s’il s’agissait d’un tout autre film, très bon aussi mais à cent lieux de ce que j’imaginais. Beaucoup moins sombre et malsain que dans mon esprit…
Mais une fois de plus je m’égare. La plupart du temps, je commence à me renseigner sur un film qui m’intéresse à peu prés 1 an à l’avance, et après c’est une recherche d’information quasi quotidienne, une insatiable soif de savoir qui est à double tranchant : une fois que je verrais enfin l’œuvre, la probabilité qu’elle atteigne mes attentes est d’autant plus basse que je me suis renseigné sur le film. Et je me renseigne d’autant plus sur un film qu’il m’intéresse. C’est un affreux cercle vicieux. Le film qui m’a ammené aujourd’hui à ces réflexions est Kick-Ass de Matthew Vaughn. Pourquoi attendais-je avec impatience ce block bucter de super héros à petit budget ? Tout d’abord une idée de base très intéressante : des monsieurs tout le monde qui décident d’être des super héros. Sur le papier, ça ressemble à une version optimiste et grand public de Watchmen – sachant qu’on ne peut, en aucun cas, associer optimisme et grand public à Watchmen , le pari était intéressant, quoi que déjà relevé avec brio par Les indestructibles de Brad Bird. Ensuite un bon réalisateur qui cherche encore un film pour exploser. Déjà producteur des deux premiers Guy Ritchie (Arnaques, Crimes et Bortanique et Snatch) et réalisateur du trop complexe Layer Cake et du trop « j’ai pas vu » Stardust, Matthew Vaughn fait partie de ces réalisateurs trop intelligent pour le grand public, et trop grand public pour télérama. Ajoutez à cela un casting pétillant (Nicolas Cage en autoparodie, Clark Duke en Clark Duke et Christopher Mintz-Plasse) et un univers graphique ouvertement kitsh, et vous avez là un putain de projet qui ferait baver n’importe quel geek. Inutile donc de dire que j’avais certaines attentes pour ce film.
Une fois n’est pas coutume, non seulement le film a atteint l’exact degré d’attente que je m’étais fixé, mais l’œuvre finale ressemblait à s’y méprendre au film que j’avais imaginé, même rêvé de voir. De son propos moralement tendancieux à son humour potache en passant par sa réalisation énergique et son scenario en forme d’hommage parodique à Spiderman premier du nom, ce film avait habité ma cervelle avant d’habité la bobine. Attention, je ne dis pas par là que c’est un fim parfait, ni même un film génial. C’est une œuvre bancale et maladroite, la direction d'acteurs laisse carrément à désiré (en particulier Nicolas Cage qui joue comme dans la fausse bande annonce de Rob Zombie dans Grind House), le scenario souffre de nombreuses faiblesses et pour être franc, le personnage principal n’a aucun charisme, au point qu'on a du mal à s'y attacher ou même à s'y intéresser.
Et pourtant, ce film, par son propos, sa franchise, son humour, son refus de ressemble aux autres films du genre, ses parties pris esthétiques et visuels (beaucoup de violence directe et graphique) séduit immanquablement. On est bien face à ce film qui pourtant devrait nous horrifié car il est plus proche d’un justicier dans la ville que de Batman. Le réalisateur travaille tout le long du métrage en funambule en intercalant ça et là quelques scènes immorales au possible au sein de ce qui pourrait être une banale comédie. On apprécie tout particulièrement le langage de charretière de la très jeune Chloe Moretz qui incarne également le personnage le plus violent du film du haut de ses 12 ans. Ce film est littéralement un ovni dans le paysage cinématographique, tant son propos, ses choix graphiques, sa durée ou même son humour n’est absoluement pas en phase avec la bouillabesse infame que hollywood nous sert habituellement. Et si à tous les défauts cités précédemment on doit ajouter un dernier acte un poil contradictoire et une BO voleuse (un peu facile de reprendre les moments de bravoure que John Murphy a composé pour 28 jours plus tard et Sunshine en les recomposant un peu et faire passer ça pour quelque chose de nouveau), on en arrive toujours au même constat, la fraîcheur de ce film est comme une vague salvatrice qui emporte tout sur son passage. Sans un être un chef d’œuvre, ce film reste immanquable.
A, oui, au fait, ça fait plaisir de voir pour une fois un personnage principal porter autre chose que des Converse. C’était cool et original en 94, aujourd’hui ça ressemble juste à un putain de cliché. Donc bravo à Kick Ass pour avoir choisi Timberland.
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