dimanche 25 avril 2010

Règle #10 : accepter le simple fait que des pompes Timberland, même sales et mal portées, peuvent être bien plu cool que des Converses

Le grand consommateur de cinéma est également grand consommateur de préliminaires cinématographiques. Je ne parle pas là de petits films mettant en appétit avant un plus grand – quoi qu’un court métrage avant un long est toujours le bienvenu – je parle ici des nombreuses informations glanées à propos d’un film avant sa sortie. Non le cinéphile ne choisit pas le film qu’il va voir une fois devant le fronton du cinéma en fonction de l’affiche la plus cool, d’une part parce qu’on ne juge pas un livre à sa couverture, et d’autre part, parce que la moitié du plaisir se situe justement dans ces préliminaires, dans cette recherche patiente et laborieuse de photos de tournages, d’anecdotes, de bulletins de production, de bandes annonces et de teasers, d’affiches et de dessins préparatoires… Quand il entre dans une salle obscure, le grand consommateur de cinéma a déjà un film en tête, qu’il s’est constitué à partir de ces bouts de peau de film tel un Jame «Buffalo Bill » Gumb se confectionne un manteau en bouts de peau… de peau dans Le silence des Agneaux.

Personnellement je me souviens avoir créé un film particulièrement sombre et décalé à partir des éléments que j’avais glané sur Fight Club durant mon adolescence. Si, bien entendu, on retrouvait le concept des fight club, Tyler était pour moi un riche excentrique qui payait des cancéreux en phase terminale pour se battre avec lui, et qui plus tard payait Marla, elle aussi cancéreuse en phase terminale, pour faire des gang bang, le tout dans une société au bord de la décadence… et aussi curieux que ça puisse paraître, j’avais vraiment envie de voir CE film. La découverte de l’œuvre réelle plusieurs mois après a été un mélange de déception et de bonne surprise, comme s’il s’agissait d’un tout autre film, très bon aussi mais à cent lieux de ce que j’imaginais. Beaucoup moins sombre et malsain que dans mon esprit…

Mais une fois de plus je m’égare. La plupart du temps, je commence à me renseigner sur un film qui m’intéresse à peu prés 1 an à l’avance, et après c’est une recherche d’information quasi quotidienne, une insatiable soif de savoir qui est à double tranchant : une fois que je verrais enfin l’œuvre, la probabilité qu’elle atteigne mes attentes est d’autant plus basse que je me suis renseigné sur le film. Et je me renseigne d’autant plus sur un film qu’il m’intéresse. C’est un affreux cercle vicieux. Le film qui m’a ammené aujourd’hui à ces réflexions est Kick-Ass de Matthew Vaughn. Pourquoi attendais-je avec impatience ce block bucter de super héros à petit budget ? Tout d’abord une idée de base très intéressante : des monsieurs tout le monde qui décident d’être des super héros. Sur le papier, ça ressemble à une version optimiste et grand public de Watchmen – sachant qu’on ne peut, en aucun cas, associer optimisme et grand public à Watchmen , le pari était intéressant, quoi que déjà relevé avec brio par Les indestructibles de Brad Bird. Ensuite un bon réalisateur qui cherche encore un film pour exploser. Déjà producteur des deux premiers Guy Ritchie (Arnaques, Crimes et Bortanique et Snatch) et réalisateur du trop complexe Layer Cake et du trop « j’ai pas vu » Stardust, Matthew Vaughn fait partie de ces réalisateurs trop intelligent pour le grand public, et trop grand public pour télérama. Ajoutez à cela un casting pétillant (Nicolas Cage en autoparodie, Clark Duke en Clark Duke et Christopher Mintz-Plasse) et un univers graphique ouvertement kitsh, et vous avez là un putain de projet qui ferait baver n’importe quel geek. Inutile donc de dire que j’avais certaines attentes pour ce film.

Une fois n’est pas coutume, non seulement le film a atteint l’exact degré d’attente que je m’étais fixé, mais l’œuvre finale ressemblait à s’y méprendre au film que j’avais imaginé, même rêvé de voir. De son propos moralement tendancieux à son humour potache en passant par sa réalisation énergique et son scenario en forme d’hommage parodique à Spiderman premier du nom, ce film avait habité ma cervelle avant d’habité la bobine. Attention, je ne dis pas par là que c’est un fim parfait, ni même un film génial. C’est une œuvre bancale et maladroite, la direction d'acteurs laisse carrément à désiré (en particulier Nicolas Cage qui joue comme dans la fausse bande annonce de Rob Zombie dans Grind House), le scenario souffre de nombreuses faiblesses et pour être franc, le personnage principal n’a aucun charisme, au point qu'on a du mal à s'y attacher ou même à s'y intéresser.

Et pourtant, ce film, par son propos, sa franchise, son humour, son refus de ressemble aux autres films du genre, ses parties pris esthétiques et visuels (beaucoup de violence directe et graphique) séduit immanquablement. On est bien face à ce film qui pourtant devrait nous horrifié car il est plus proche d’un justicier dans la ville que de Batman. Le réalisateur travaille tout le long du métrage en funambule en intercalant ça et là quelques scènes immorales au possible au sein de ce qui pourrait être une banale comédie. On apprécie tout particulièrement le langage de charretière de la très jeune Chloe Moretz qui incarne également le personnage le plus violent du film du haut de ses 12 ans. Ce film est littéralement un ovni dans le paysage cinématographique, tant son propos, ses choix graphiques, sa durée ou même son humour n’est absoluement pas en phase avec la bouillabesse infame que hollywood nous sert habituellement. Et si à tous les défauts cités précédemment on doit ajouter un dernier acte un poil contradictoire et une BO voleuse (un peu facile de reprendre les moments de bravoure que John Murphy a composé pour 28 jours plus tard et Sunshine en les recomposant un peu et faire passer ça pour quelque chose de nouveau), on en arrive toujours au même constat, la fraîcheur de ce film est comme une vague salvatrice qui emporte tout sur son passage. Sans un être un chef d’œuvre, ce film reste immanquable.


A, oui, au fait, ça fait plaisir de voir pour une fois un personnage principal porter autre chose que des Converse. C’était cool et original en 94, aujourd’hui ça ressemble juste à un putain de cliché. Donc bravo à Kick Ass pour avoir choisi Timberland.

mardi 20 avril 2010

Règle #9 : Se délecter des petits plaisirs


Ayant allègrement emprunté le concept de ce blog au film Zombieland de Ruben Fleischer, j’étais fatalement amené un jour à utiliser l’une des règles du film, quoi que pauvrement traduite, comme titrre pour l'un des articles. Je ne vais pas cependant m’étendre sur cette œuvre zombiesque et divertissante qui a le mérite de ne jamais perdre de vue que l’on peut divertir sans tomber dans la faciliter ou la platitude, et que Woody Harrelson est l’une des plus incroyables tronches de cinéma de sa génération, car ce n'est pas le sujet du jour. Et si on peut reprocher au film un parallèle évident avec Shaun Of The Dead, film culte d’Edgar Wright avec Simon Pegg et Nick Frost, on ne peut qu’applaudir l’adaptation réussie à la société américaine du concept et des attitudes des personnages.

Mais aujourd’hui, je ne souhaite pas parler d’un film de genre, d’un film sérieux ou d’un film chiant qu’il est bien vu de dire qu'on l'a aimer en société même si on s’est endormi au bout de 15 minutes –oui je parle bien d'un film que Télérama aura automatiquement aimé par pur snobisme voyant métaphore de la lutte sociale là où il y a juste une incapacité totale du réalisateur à cadrer un dîner de famille. Je souhaite parler en cette douce journée d’avril du film allemand Soul Kitchen de Fatih Akin. Quel est l’intérêt de parler de ce film alors que tous ceux qui voulaient le voir l’ont déjà vu et qu’il n’est plus diffusé que dans 3 salles d’art et d’essaie ? Aucun, mais j’ai envie d’en parler parce que j’ai aimé et que c’est mon blog. Je l’ai vu voilà une semaine dans une petite salle lilloise, cadre parfait pour ce genre de petits films avant tout parce qu'on y vend pas de pop corn et de saloperies sucrées emballées à l'unité. Sur le papier ce film a tout pour ne pas être léger : c’est une comédie allemand (la dernière comédie allemande en date ayant eu un tant soi peu de succès était Goodbye Lenin et désolé de le dire mais, même si le film a énormément de qualité et trône comme l’un des fleurons du nouveau cinéma allemand, j’ai beaucoup aimé mais j’ai très très peu ri), le réalisateur est connu pour deux drames à la limite du glauque, le film parle de mec en qui sort de prison, de loosers et de trafic immobilier... Bref, même si le bouche à oreille était très bon et le réalisateur avait très bonne réputation –oui, je n’ai pas vu les deux autres, mais j’ai vu beaucoup d’autres films…plein– j’avais en moi cette secrète peur que l’on peut aussi avoir quand on s’attaque à un plat sucré salé dont on ne connaît pas la composition. Mais voilà, rarement, je n’ai vu une comédie légère et enjouée aussi sympathique, intelligente et entrainante.

Qu’est-ce qui fait le charme discret de ce film ? Tout d’abord c’est un film sur la nourriture qui donne faim, qui met en appétit, et ça c’est déjà beaucoup. Non pas qu’il faille être en appétit pour apprécier un film – ce qui remettrait en question la logique de la soirée McDo ciné – mais qu’il est important pour un film d’aimer son sujet. Le réalisateur film la cuisine avec amour et affection. Ensuite les personnages, sans être révolutionnaires, sont tous attachants, humains et fragiles. Si l’on ne s’identifie pas forcément à eux, on les comprend, que ce soit le personnage principal, jeune propriétaire d’un resto crado, affligé durant tout le métrage d’une hernie discale – belle performance d’acteur au demeurant – et qui veut juste s’en sortir ; son frère, gentil rebelle en prison pour un crime mineur qui n’a jamais eu la chance de réussir quoi que ce soit parce qu’il n’a jamais rien entrepris ; le cuisinier, un perfectionniste, artiste de la cuisine, qui ne peut pas réussir dans la vie parce que son talent lui interdit toute forme de compromis ; la serveuse, jeune artiste bobo qui cherche un mauvais garçon. La bande originale est aussi particulièrement birllante, enchainant les morceau entrainant et groovy sans jamais tomber dans la facilité de la BO parsemée de classiques. Je pourrais continuer comme ça pendant des pages tant le film recèle de second rôle brillamment écrit. Mais cela est inutile car tout est dit, ce film est brillamment écrit, et c’est probablement là la recette de sa réussite. Les personnages, l’histoire, les rythme, le découpage, les rebondissements, la bande originale… tout cela semble être issus un très long travail d’écriture, une longue réflexion sur le message de l’œuvre – très beau message, quoi que classique, sur les dangers de la culture de masse et l’importance de l’éducation, ici pour la cuisine, mais cela pourrait être aussi bien adapté au cinéma, à la musique ou à la vie en général. Le film se dégage habilement de toute prétention pour nous délivrer une subtile saveur de légèreté, douce en bouche et savoureuse, comme pour nous prouver qu’il n’est pas nécessaire d’être élitiste pour être de qualité et inversement, qu’il n’est pas nécessaire de faire des efforts sur humains pour apprécier la qualité.

vendredi 16 avril 2010

Règle #8 : Tuer son père

Le cinéma c’est presque comme la vraie vie. Les goûts et les relations qu’on entretient avec les différents intervenants du paysage cinématographique évoluent avec le temps, qu’il s’agisse de films, d’acteurs, de réalisateurs ou même simplement de lieux de pèlerinage. Le regard et l’affection qu’on porte à ceux-ci est un reflet de qui nous sommes à un moment précis de notre vie, mis à part l’affection qu'un esprit malade pourrait porter à Samuel le Bihan qui est le parallèle cinématographique du touche pipi avec le tonton dans la baignoire : c’est grave et malsain. Très malsain. Et comme dans la vraie vie, on a nos héros de jeunesse, en particulier un héros, quelqu’un que l’on va suivre, respecter, aduler, quelqu'un sur qui on peut compter, chez qui on croit se reconnaître ou tout du moins reconnaître ce que l'on aimerait être. Son père cinématographique. Mon père cinématographique était Tim Burton. J’ai bien conscience de la banalité de cette référence aujourd’hui, mais à l’époque, il y a presque 18 ans, ce n'était pas nécessairement une référence commune pour mes camarades de primaire.

J’ai découvert Edward aux main d’argent à 6 ans, je me souviens très bien de toutes les circonstances, nous l’avions loué dans un petit magasin de Voreppe, mon père n’était pas là, et nous l’avions regardé avec ma mère et ma sœur, et durant toute la semaine qui a suivi, à chaque fois que nous allions au magasin en question pour le rendre, nous renouvelions la location – je suppose suite à une instance plaintive et agaçante de ma part, mais cela je ne m’en souviens pas, alors je supposerais qu’un regard auprés de ma génitrice suffisait à la convaincre du bienfondé de ma requête - et ce jusqu'à ce que le gérant du magasin nous offre la VHS en question (je réalise à l'instant même que cet homme, que j'ai toujours pris pour quelqu'un d'une folle générosité devait en réalité louer illégalement des cassette pour s'en débarasser ainsi quand on connaît le prix d'une cassette pour vidéo club). Ce film me torturait littéralement, jamais je ne m’étais senti à ce point impliqué dans une histoire à la fois adulte et enfantin, noir et féérique, jamais je n’avais compris les enjeux dramatiques et sentimentaux d’une œuvre cinématographique au point d’avoir l’impression que j’étais, d’une manière ou d’une autre, impliqué dans cette œuvre, que ces enjeux ressemblaient aux miens. J’ai compris par la suite que c’est le propre d’un bon film, mais c’était une première pour moi.

Durant des années, je nourrissais une obsession maladive pour ce film, son univers, sa musique, ses personnages…je voulais littéralement être Edward. Plus tard j’ai découvert, dans l’ordre, le sombrement popesque Batman, le foutraque Beetljuice et le subtilement glaçant Batman Return, chacun de ces films ayant eu un impact équivalent que le premier sur mon jeune esprit malléable. Ne pouvant clairement pas désirer d’être à la fois un pantin aux doigts tranchants et au cœur d’artichaut, un justicier masqué, un bio exorciste dégueux et un justicier masqué de nouveaux, mais un peu plus sombre, il fallait que je trouve un dénominateur commun à tout cela. Tim Burton. Comme vous l’aurez remarquez, je parle d’une époque où Johnny Depp n’était pas l’acteur principal de toutes les œuvres de l’hurluberlu de Burbank, sinon, mon choix aurait probablement été différent. J’ai donc par la suite surveillé la carrière du réalisateur, chacun de ses films retentissait dans mon cœur comme une lettre d’un père à l’autre bout du monde. Une lettre pleine d’artifices, de freaks et de mélodies sucrées mais une lettre qui m’était personnellement destinées et que moi seul pouvait décrypter. Tim Burton me connaissais et faisait des films pour moi. C’était évident.

J’en viens donc à mon sujet du jour, qui m’est venu après une vision du pathétique dernier film du réalisateur, Alice au pays des merveilles. Je ne ferais pas ici une critique détaillée, ça n’en vaut pas la peine. Sachez juste que la vacuité du scénario et des dialogues n’a d’égale que l’insupportable prestation de Johnny Depp. Le rythme est plat, l’esthétique grossier, les acteurs grotesques, la morale choquante. Le film ressemble au résultat de l’union consanguine entre Star Wars episode I et le monde de Narnia. Mais ce film nous amène surtout à un constat alarmant : si l’on excepte son tendre et nostalgique Big Fish, cela fait 10 ans que Tim Burton n’a pas fait de films intéressants. Et si au début on se disait qu’on jugeait plus sévèrement ses films parce qu’on avait des attentes envers lui, sa dernière œuvre est d’autant plus mauvaise que, même sans attente, on ne peut que juger le film mauvais. Pire on s'apperçoit progressivement que l'on a plus d'attente envers les films de ce wannabe businessman déguisé en hirsute. Même sans passion ou d'intérêt particulier pour le cinéma, on ne peut que resté silencieux face à ce désastre en 3D. On assiste aux tribulations graphiques d’un auteur qui n’a non seulement plus rien à dire mais qui, au lieu de se répéter ou de s’arrêter, a décidé de faire tout ce qu’il détestait.


Tim Burton est devenu un pu**in de pourceau d’Hollywood, chacun de ses films le soulignant de plus en plus clairement. Celui qui jadis se battait pour montrer un cinéma de freaks and geeks, pour développer des personnages anti commerciaux et des univers personnels réalise aujourd’hui des œuvres qui semblent uniquement là pour pouvoir créer des attractions et des poupées. Comment ne pas être envahi d’une nausée fulgurante quand on voit que son dernier films est utilisé comme matériel publicitaire par Jennifer et la BNP ? Comment ? Alors, disons-le une bonne fois pour toute, Tim Burton est un has been, au sens littéral. Cela ne retire rien à l’affection et au respect que je porte à ses œuvres des années 90, mais cela porte un sérieux coup au respect que j’ai pu lui vouer en tant qu’artiste. Pire qu’un has been, c’est un vendu, un voleur. Souvent, par habitude ou peur, on ne remet pas en cause nos idoles, nos modèles, parce que cela peut remettre en cause beaucoup trop de choses quant à soi même, son identité propre. On pardonne trop souvent à ceux qui ont été talentueux, on accorde trop souvent au titre d’auteur une valeur permanente, mais il n’en est rien. Tim Burton a perdu son mojo et est devenu un pion à la solde d'hollywood.