mardi 20 avril 2010

Règle #9 : Se délecter des petits plaisirs


Ayant allègrement emprunté le concept de ce blog au film Zombieland de Ruben Fleischer, j’étais fatalement amené un jour à utiliser l’une des règles du film, quoi que pauvrement traduite, comme titrre pour l'un des articles. Je ne vais pas cependant m’étendre sur cette œuvre zombiesque et divertissante qui a le mérite de ne jamais perdre de vue que l’on peut divertir sans tomber dans la faciliter ou la platitude, et que Woody Harrelson est l’une des plus incroyables tronches de cinéma de sa génération, car ce n'est pas le sujet du jour. Et si on peut reprocher au film un parallèle évident avec Shaun Of The Dead, film culte d’Edgar Wright avec Simon Pegg et Nick Frost, on ne peut qu’applaudir l’adaptation réussie à la société américaine du concept et des attitudes des personnages.

Mais aujourd’hui, je ne souhaite pas parler d’un film de genre, d’un film sérieux ou d’un film chiant qu’il est bien vu de dire qu'on l'a aimer en société même si on s’est endormi au bout de 15 minutes –oui je parle bien d'un film que Télérama aura automatiquement aimé par pur snobisme voyant métaphore de la lutte sociale là où il y a juste une incapacité totale du réalisateur à cadrer un dîner de famille. Je souhaite parler en cette douce journée d’avril du film allemand Soul Kitchen de Fatih Akin. Quel est l’intérêt de parler de ce film alors que tous ceux qui voulaient le voir l’ont déjà vu et qu’il n’est plus diffusé que dans 3 salles d’art et d’essaie ? Aucun, mais j’ai envie d’en parler parce que j’ai aimé et que c’est mon blog. Je l’ai vu voilà une semaine dans une petite salle lilloise, cadre parfait pour ce genre de petits films avant tout parce qu'on y vend pas de pop corn et de saloperies sucrées emballées à l'unité. Sur le papier ce film a tout pour ne pas être léger : c’est une comédie allemand (la dernière comédie allemande en date ayant eu un tant soi peu de succès était Goodbye Lenin et désolé de le dire mais, même si le film a énormément de qualité et trône comme l’un des fleurons du nouveau cinéma allemand, j’ai beaucoup aimé mais j’ai très très peu ri), le réalisateur est connu pour deux drames à la limite du glauque, le film parle de mec en qui sort de prison, de loosers et de trafic immobilier... Bref, même si le bouche à oreille était très bon et le réalisateur avait très bonne réputation –oui, je n’ai pas vu les deux autres, mais j’ai vu beaucoup d’autres films…plein– j’avais en moi cette secrète peur que l’on peut aussi avoir quand on s’attaque à un plat sucré salé dont on ne connaît pas la composition. Mais voilà, rarement, je n’ai vu une comédie légère et enjouée aussi sympathique, intelligente et entrainante.

Qu’est-ce qui fait le charme discret de ce film ? Tout d’abord c’est un film sur la nourriture qui donne faim, qui met en appétit, et ça c’est déjà beaucoup. Non pas qu’il faille être en appétit pour apprécier un film – ce qui remettrait en question la logique de la soirée McDo ciné – mais qu’il est important pour un film d’aimer son sujet. Le réalisateur film la cuisine avec amour et affection. Ensuite les personnages, sans être révolutionnaires, sont tous attachants, humains et fragiles. Si l’on ne s’identifie pas forcément à eux, on les comprend, que ce soit le personnage principal, jeune propriétaire d’un resto crado, affligé durant tout le métrage d’une hernie discale – belle performance d’acteur au demeurant – et qui veut juste s’en sortir ; son frère, gentil rebelle en prison pour un crime mineur qui n’a jamais eu la chance de réussir quoi que ce soit parce qu’il n’a jamais rien entrepris ; le cuisinier, un perfectionniste, artiste de la cuisine, qui ne peut pas réussir dans la vie parce que son talent lui interdit toute forme de compromis ; la serveuse, jeune artiste bobo qui cherche un mauvais garçon. La bande originale est aussi particulièrement birllante, enchainant les morceau entrainant et groovy sans jamais tomber dans la facilité de la BO parsemée de classiques. Je pourrais continuer comme ça pendant des pages tant le film recèle de second rôle brillamment écrit. Mais cela est inutile car tout est dit, ce film est brillamment écrit, et c’est probablement là la recette de sa réussite. Les personnages, l’histoire, les rythme, le découpage, les rebondissements, la bande originale… tout cela semble être issus un très long travail d’écriture, une longue réflexion sur le message de l’œuvre – très beau message, quoi que classique, sur les dangers de la culture de masse et l’importance de l’éducation, ici pour la cuisine, mais cela pourrait être aussi bien adapté au cinéma, à la musique ou à la vie en général. Le film se dégage habilement de toute prétention pour nous délivrer une subtile saveur de légèreté, douce en bouche et savoureuse, comme pour nous prouver qu’il n’est pas nécessaire d’être élitiste pour être de qualité et inversement, qu’il n’est pas nécessaire de faire des efforts sur humains pour apprécier la qualité.

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